
Histoire, enjeux et avantages des logiciels Libres (Open Source). Perspectives techniques, économiques, juridiques et sociales.
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Dernière mise à jour significative : 26 août 2005
Copyright © 2003 - 2005 Cédric Musso, http://labor-liber.org.
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On dit d'un logiciel qu'il est libre si on peut librement l'utiliser, l'étudier, le modifier et le redistribuer.
Le droit d'auteur, ou copyright selon les législations, accorde aux auteurs d'oeuvres immatérielles originales (oeuvres littéraires et artistiques, mais aussi les logiciels) des droits exclusifs, sous réserve de certaines exceptions.
Le détenteur d'un droit d'auteur ou d'un copyright peut accorder tout ou partie des droits patrimoniaux sur son oeuvre à autrui selon les termes d'un document ou d'un contrat nommé licence.
L'usage d'un programme d'ordinateur qui n'est pas dans le domaine public est ainsi soumis aux conditions contenues dans sa licence.
Il n'est pas interdit de s'approprier un logiciel du domaine public, c'est à dire de vendre aux utilisateurs quelque chose qui, auparavant, leur appartenait !
D'où la notion de « copyleft » (ou « gauche d'auteur »), qui utilise le droit d'auteur (ou le copyright) pour garantir qu'un logiciel libre demeure libre. Cette notion n 'est d'ailleurs pas limitée au domaine du logiciel.
Le copyleft est donc la possibilité donnée par l'auteur (un informaticien, un artiste, ou quiconque produit un travail soumis au droit d'auteur) d'utiliser, copier, étudier, modifier et distribuer son oeuvre à l'utilisateur, avec la restriction que celui-ci devra la laisser sous les mêmes conditions d'utilisation, y compris dans ses versions modifiées ou étendues.
La licence de gauche d'auteur la plus courante est la GNU General Public License (GPL) de la Free Software Foundation.
Language machine, binaire.
00101101 01101100 00101101 01101100 01010011 11001011 01010011 11001011 00011001 00111100 00011001 00111100 11000101 10100101 11000101 10100101 00101101 01101100 00101101 01101100 01010011 11001011 01010011 11001011 00011001 00111100 00011001 00111100 11000101 10100101 11000101 10100101
Language compréhensible.
#include <stdio.h>
int main(void) {
int count;
for (count=1 ; count<=500 ; count++) {
printf("Je ne lancerai pas d'avion en papier en classe.\n");
}
return 0;
}
Source -> Binaire : Compilation
Binaire -> Source : Ingénierie inverse, souvent interdite => boîte noire
Un logiciel libre est nécessairement un logiciel dont les sources sont ouvertes (condition nécessaire, mais pas suffisante).
| 1960 | IBM prend 70 à 80% du marché mondial de l'informatique, et invente la notion de série d'ordinateurs compatibles. |
| 1965 | DEC fabrique les premiers mini-ordinateurs. |
| 1969 | Première version du système d'exploitation Unix. |
| 1971 | Intel met sur le marché le premier microprocesseur. |
| 1973 | Les premiers micro-ordinateurs. |
| 1981 | IBM lance le « Personal Computer » (PC), et donne ainsi à la micro-informatique ses lettres de noblesse. Son système d'exploitation est MS/DOS, de Microsoft. |
| 1984 | Apple lance le Macintosh, avec le premier système d'exploitation graphique grand public. |
| 1984 | Début du projet GNU. |
| 1990 | Windows 3.0. |
| 1991 | Début du développement de Linux. |
| 1994 | Version 1.0 de GNU/Linux. |
| 1998 | Initiative Open Source. |
| 1960s | Les logiciels sont Libres, même si l'expression n'existe pas encore. |
| 1969 | IBM, menacé par un procès anti-trust, pratique l'unbundling (littérallement déficelage) : facturation séparée du matériel, du logiciel et des services. |
| 1976 | An Open Letter to Hobbyists,
Bill Gates : Hardware must be paid for, but software is something to share. Who cares if the people who worked on it get paid ? |
| 1980s | Des logiciels de plus en plus exclusifs. |
| 1984 | Projet GNU. |
| 1991 | Linux. |
| 1993 | Debian GNU/Linux |
| 1998 | Initiative Open Source. |
Acronyme récursif de GNU's Not Unix (prononcé « gnou », avec un g audible).
1984, Richard M. Stallman (RMS)
Objectifs :
Free as in Freedom
Préserve, protège et promeut la liberté d'utilisation, d'étude, de copie, de modification et de redistribution des logiciels ; et défend les droits des utilisateurs de logiciels libres.
1998 : Initiative pour promouvoir le logiciel Libre sous le nom de logiciel Open Source :
L'Open Source Initiative (OSI) est une organisation à but non lucratif qui :
Concrètement : Définition d'un logiciel Libre à peu près identique à celle d'un logiciel Open Source selon l'OSI.
Des approches différentes :
La définition de l'Open Source en un paragraphe selon l'OSI est proche de la définition d'un logiciel libre selon la FSF :
Open source promotes software reliability and quality
by supporting independent peer review and rapid evolution of source
code. To be OSI certified, the software must be distributed under a license
that guarantees the right to read, redistribute, modify, and use the software freely.
Noyau : partie centrale d'un système d'exploitation (celle qui gère le matériel).
En 1990, le système d'exploitation GNU est presque complet, mais son noyau, Hurd, est encore aujourd'hui en cours de développement. En 1991, Linus Torvalds, un étudiant finlandais, annonce sur Internet qu'il travaille sur un clone du système Unix en utilisant les outils du projet GNU. Linux est rapidement placé sous licence GPL, et grâce au travail collaboratif de la communauté qui se constitue via Internet, le projet arrive à sa version 1.0 en 1994 !
Linux est donc le noyau du système d'exploitation GNU. Parler du système d'exploitation Linux est un abus de langage.
Linux est aussi emblématique du succès du modèle de développement des logiciels Libres.
Alors que Windows et MacOS n'ont qu'un seul distributeur, il existe au contraire plusieurs distributions de GNU/Linux, concurrentes ou adaptées à différents usages.
Distribution =
= Un ensemble de paquets (packages), ou briques logicielles et un système d'installation et de mise à jour.
LA distribution Libre, depuis 1993.
Internet = Réseau de réseaux
Le mode d'organisation coopératif des logiciels libres :
Aujourd'hui encore, Internet fonctionne essentiellement grâce à des logiciels libres :
Avant Linux, à peu près tous les experts pensaient que les logiciels, au delà d'une certaine taille, ne peuvent être construits que comme des cathédrales, c'est à dire conçus par quelques experts et selon des règles strictement hiérarchiques (structure pyramidale). Le développement de Linux est ouvert à tous et ressemble plutôt à un foisonnant bazar (structure en réseaux).
Le succès de Linux a beaucoup étonné Eric S. Raymond. The Cathedral and the Bazar analyse la mise en pratique de ce qu'il en a appris à la conduite du projet de logiciel Libre Fetchmail, et en tire quelques leçons. Une partie de ces conclusions est d'ordre technique, en voici quelques autres :
La standardisation est la meilleure et la pire des choses. Elle permet l'interconnexion, mais elle peut freiner l'innovation.
Intéropérabilité : Possibilité d'interconnexion des matériels et des logiciels.
On distingue :
Du point de vue de la dynamique concurrentielle, les standards de fait peuvent être :
Netscape et Internet Explorer ont successivement été en position dominante. Tant que Netscape a dominé, Microsoft a innové en respectant les standards. Depuis qu'Internet Explorer est dominant, il entrave entrave le développement du Web en n'évoluant plus et en ne corrigeant pas son support approximatif des standards.
Les formats de fichiers, par exemple pour la bureautique, doivent être des standards ouverts. C'est indispensable :
Des standards exclusifs dominants entravent ou éliminent la libre concurrence.
Sans libre concurrence, pas d'innovation.
Dans une industrie comme le logiciel, l'innovation est à la fois :
L'économie du logiciel libre est d'abord un modèle d'innovation,
d'accumulation de la connaissance et de recombinaison des savoirs et
non pas une stratégie de marketing de type « offre gratuite de
produits.
D. Foray et J.B. Zimmermann.
Le logiciel est un bien immatériel :
Le logiciel est un bien particulier :
Eric S. Raymond, « Le chaudron magique » : analyse du Libre sous l'angle économique.
Différence entre valeur de vente et valeur d'utilisation d'un produit :
L'économie réelle du logiciel est essentiellement une économie de services (maintenance, installation, personnalisation, développements spécifiques, conseil, formation...).
L'objectif initial de ce que l'on nomme aujourd'hui « propriété intellectuelle » était l'intérêt général. L'exclusivité ou le monopole temporaire accordé aux auteurs/inventeurs pour une durée limitée avait pour seul but de les inciter à diffuser leurs créations/inventions.
L'expression « Propriété intellectuelle » est utilisée depuis peu, et de façon partiale, pour regrouper un ensemble de lois différentes et qui soulèvent des problèmes de politique publique différents :
Lorsque le logiciel est devenu une marchandise à part entière, dans les années soixante-dix, la détermination d'un cadre juridique approprié à sa protection a convergé sur l'adaptation des outils existants et une prédominance accordée au droit d'auteur. Le droit d'auteur protège l'expression d'une idée. La protection d'un logiciel par le droit d'auteur n'autorise son utilisation que dans la limite des clauses inscrites dans son contrat de licence, mais elle n'interdit pas la réalisation d'un logiciel similaire et/ou compatible.
Les brevets sur les logiciels sont une menace pour l'interopérabilité
des systèmes informatiques, pour l'innovation et pour la
concurrence :
If people had understood how
patents would be granted when most of today's ideas were invented and
had taken out patents, the industry would be at a complete standstill
today ...
The solution is patenting as much as we can.
A future startup with no patents of its own will be forced
to pay whatever price the giants choose to impose. That price might be
high. Established companies have an interest in excluding future
competitors.
Bill Gates, 1991.
On assiste cependant, depuis les années quatre-vingt, à une croissance spectaculaire du nombre de dépôts de brevets dans le domaine du logiciel aux Etats-Unis, mais aussi en Europe alors que les brevets sur les logiciels y sont explicitement interdits depuis la convention de Munich de 1973 !
Le 20 février 2002, la Commission européenne présentait un projet de directive sur la brevetabilité des inventions mises en oeuvre par ordinateur. Les amendements à ce projet votés le 24 septembre 2003 par le Parlement européen ont été rejetés par le conseil des ministres, en contradiction totale avec la position des ministres de nombreux gouvernements nationaux. La procédure législative s'est finalement terminée par un rejet du projet par le Parlement le 6 juillet 2005, par 648 votes contre 14 (et 18 abstentions).
« Il y a une colère collective de tout le Parlement sur la manière inadmissible dont il a été traité par le Conseil et la Commission, avec mépris et même sarcasme » Michel Rocard, rapporteur du texte (journal Libération).
Une semaine après le rejet des brevets logiciels par le Parlement européen, la Commission Européenne rendait publique, le 12 juillet 2005, le projet de directive IPRED II, qui vise à à créer un délit pénal d'incitation à la contrefaçon...
Depuis les accords ADPIC (TRIPs) en 1994 à la fin du cycle d'Uruguay et l'adoption en 1996 par l'OMPI d'un traité sur les droits d'auteurs et les droits voisins ; les dérives se multiplient :
La mise en oeuvre de ces traités (2004/48/EC, EUCD en Europe ; DMCA aux Etats Unis) parfois plus dure que les traités eux-mêmes :
Pour réagir : http://eucd.info.
| Licence | Open Source | Libre | Copyleft | Compatible GPL | Estimations en 2002 |
|---|---|---|---|---|---|
| GNU General Public License (GPL) | oui | oui | oui | forcément | 73 % |
| GNU Library/Lesser General Public License (LGPL) | oui | oui | oui | oui | 10 % |
| BSD License (original) | oui | oui | non | non | 7 % |
| BSD License (modified) | oui | oui | non | oui | |
| Apache Software License | oui | oui | non | non | |
| Mozilla Public License | oui | oui | en partie | non |
Une technique classique de désinformation qui consiste à installer le doute, en se basant sur la peur au moyen d'informations non vérifiables (FUD) voudrait faire croire que la licence GNU GPL est contagieuse. Ce sont en réalité les libertés des utilisateurs de logiciels sous licence GPL qui sont contagieuses.
De qui votre ordinateur devrait-il recevoir ses ordres ?
« Le périmètre de notre vie privée s'est rétréci comme peau de chagrin, davantage encore depuis le 11 septembre 2001, et ce n'est pas fini. » Général Jean-Louis Desvignes, Symposium sur la Sécurité des Technologies de l'Information et de la Communication (SSTIC), 10 juin 2003.
La technologie de radio-identification (RFId) devient un enjeu économique majeur notamment dans les applications de la distribution et du transport (Navigo pour la RATP). Du fait de leur dissémination massive, de la nature individuelle des identifiants de chacun des objets marqués, de leur caractère invisible, et des risques de profilage des individus, la CNIL considère que les RFIds sont des identifiants personnels au sens de la loi Informatique et Libertés. (06/02/04)
Une conférence édifiante d'un juriste, dont le refrain est :
Le même juriste, à propos d'Internet :
« When the content layer, the logical layer, and the physical layer are all effectively owned by a handful of companies, free of any requirements of neutrality or openness, what will you ask then? » Lawrence Lessig
Eric S. Raymond, « A la conquête de la sphère des idées » (relatives au logiciel) : le logiciel Libre sous l'angle social. La culture des hackers y est analysée comme une « culture du don » dans laquelle les participants rivalisent pour le prestige.
L'éthique des hackers selon Steven Levy :
Un modèle ?
Des modèles, car : liberté, diversité, communication planétaire :
Et Responsabilité.