Logiciel Libre : un tour d'horizon

Histoire, enjeux et avantages des logiciels Libres (Open Source). Perspectives techniques, économiques, juridiques et sociales.

http://labor-liber.org

Dernière mise à jour significative : 26 août 2005


1 Qu'est-ce qu'un logiciel libre ?


2 Définition d'un logiciel Libre

On dit d'un logiciel qu'il est libre si on peut librement l'utiliser, l'étudier, le modifier et le redistribuer.


3 Définitions

Logiciel propriétaire (ou plutôt exclusif)
Son utilisation, sa modification et/ou sa redistribution sont interdites ou restreintes.
Logiciel gratuit (freeware)
Sa distribution est généralement autorisée, mais sa modification est généralement interdite.
Paratagiciel (shareware)
Logiciel pour lequel il faut payer des droits après un certain temps d'utilisation gratuite.
Logiciel semi-libre
Logiciel utilisable, copiable, modifiable et redistribuable, mais uniquement dans le cadre d'une utilisation non lucrative.
Logiciel du domaine public
Logiciel qui n'est pas soumis au droit d'auteur.

Le droit d'auteur, ou copyright selon les législations, accorde aux auteurs d'oeuvres immatérielles originales (oeuvres littéraires et artistiques, mais aussi les logiciels) des droits exclusifs, sous réserve de certaines exceptions.

Le détenteur d'un droit d'auteur ou d'un copyright peut accorder tout ou partie des droits patrimoniaux sur son oeuvre à autrui selon les termes d'un document ou d'un contrat nommé licence.

L'usage d'un programme d'ordinateur qui n'est pas dans le domaine public est ainsi soumis aux conditions contenues dans sa licence.


5 Copyleft ou « gauche d'auteur »

Il n'est pas interdit de s'approprier un logiciel du domaine public, c'est à dire de vendre aux utilisateurs quelque chose qui, auparavant, leur appartenait !

D'où la notion de « copyleft » (ou « gauche d'auteur »), qui utilise le droit d'auteur (ou le copyright) pour garantir qu'un logiciel libre demeure libre. Cette notion n 'est d'ailleurs pas limitée au domaine du logiciel.

Le copyleft est donc la possibilité donnée par l'auteur (un informaticien, un artiste, ou quiconque produit un travail soumis au droit d'auteur) d'utiliser, copier, étudier, modifier et distribuer son oeuvre à l'utilisateur, avec la restriction que celui-ci devra la laisser sous les mêmes conditions d'utilisation, y compris dans ses versions modifiées ou étendues.

La licence de gauche d'auteur la plus courante est la GNU General Public License (GPL) de la Free Software Foundation.


6 L'ouverture des sources

Code exécutable

Language machine, binaire.

00101101 01101100 00101101 01101100 01010011 11001011 01010011 11001011
00011001 00111100 00011001 00111100 11000101 10100101 11000101 10100101
00101101 01101100 00101101 01101100 01010011 11001011 01010011 11001011
00011001 00111100 00011001 00111100 11000101 10100101 11000101 10100101
Code source

Language compréhensible.

#include <stdio.h>
int main(void) {
  int count;
  for (count=1 ; count<=500 ; count++) {
    printf("Je ne lancerai pas d'avion en papier en classe.\n");
  }
  return 0;
}

Source -> Binaire : Compilation

Binaire -> Source : Ingénierie inverse, souvent interdite => boîte noire

Un logiciel libre est nécessairement un logiciel dont les sources sont ouvertes (condition nécessaire, mais pas suffisante).


7 Catégories de logiciels libres et non libres

Categories of Free and Non-Free Software

8 Un peu d'histoire


9 Repères historiques

1960 IBM prend 70 à 80% du marché mondial de l'informatique, et invente la notion de série d'ordinateurs compatibles.
1965 DEC fabrique les premiers mini-ordinateurs.
1969 Première version du système d'exploitation Unix.
1971 Intel met sur le marché le premier microprocesseur.
1973 Les premiers micro-ordinateurs.
1981 IBM lance le « Personal Computer » (PC), et donne ainsi à la micro-informatique ses lettres de noblesse. Son système d'exploitation est MS/DOS, de Microsoft.
1984 Apple lance le Macintosh, avec le premier système d'exploitation graphique grand public.
1984 Début du projet GNU.
1990 Windows 3.0.
1991 Début du développement de Linux.
1994 Version 1.0 de GNU/Linux.
1998 Initiative Open Source.

10 Du logiciel Libre au logiciel Libre

1960s Les logiciels sont Libres, même si l'expression n'existe pas encore.
1969 IBM, menacé par un procès anti-trust, pratique l'unbundling (littérallement déficelage) : facturation séparée du matériel, du logiciel et des services.
1976 An Open Letter to Hobbyists, Bill Gates : Hardware must be paid for, but software is something to share. Who cares if the people who worked on it get paid ?
1980s Des logiciels de plus en plus exclusifs.
1984 Projet GNU.
1991 Linux.
1993 Debian GNU/Linux
1998 Initiative Open Source.

11 Le projet GNU

Levitating, Meditating, Flute-playing Gnu

Acronyme récursif de GNU's Not Unix (prononcé « gnou », avec un g audible).

1984, Richard M. Stallman (RMS)

Objectifs :

Free as in Freedom


12 La Free Software Foundation

Une tête de GNU

Préserve, protège et promeut la liberté d'utilisation, d'étude, de copie, de modification et de redistribution des logiciels ; et défend les droits des utilisateurs de logiciels libres.


13 L'initiative Open Source

1998 : Initiative pour promouvoir le logiciel Libre sous le nom de logiciel Open Source :

L'Open Source Initiative (OSI) est une organisation à but non lucratif qui :


14 Libre ou Open Source ?


15 La définition de l'Open Source


16 Free as in Freedom

Free software
Open Source software

17 Libre et Open Source

Concrètement : Définition d'un logiciel Libre à peu près identique à celle d'un logiciel Open Source selon l'OSI.

Des approches différentes :

La définition de l'Open Source en un paragraphe selon l'OSI est proche de la définition d'un logiciel libre selon la FSF :

Open source promotes software reliability and quality by supporting independent peer review and rapid evolution of source code. To be OSI certified, the software must be distributed under a license that guarantees the right to read, redistribute, modify, and use the software freely.


18 Catégories de logiciels libres et non libres

Categories of Free and Non-Free Software

19 GNU/Linux


20 Linux : un noyau et une figure de proue

Noyau : partie centrale d'un système d'exploitation (celle qui gère le matériel).

En 1990, le système d'exploitation GNU est presque complet, mais son noyau, Hurd, est encore aujourd'hui en cours de développement. En 1991, Linus Torvalds, un étudiant finlandais, annonce sur Internet qu'il travaille sur un clone du système Unix en utilisant les outils du projet GNU. Linux est rapidement placé sous licence GPL, et grâce au travail collaboratif de la communauté qui se constitue via Internet, le projet arrive à sa version 1.0 en 1994 !

Linux est donc le noyau du système d'exploitation GNU. Parler du système d'exploitation Linux est un abus de langage.

Linux est aussi emblématique du succès du modèle de développement des logiciels Libres.


21 GNU/Linux

The Dynamic Duo: The Gnu and the Penguin in flight
The Dynamic Duo: The Gnu and the Penguin in flight - http://www.gnu.org/graphics/bwcartoon.html

22 Distributions

Alors que Windows et MacOS n'ont qu'un seul distributeur, il existe au contraire plusieurs distributions de GNU/Linux, concurrentes ou adaptées à différents usages.

Distribution =

= Un ensemble de paquets (packages), ou briques logicielles et un système d'installation et de mise à jour.


23 Debian GNU/Linux

Logo Debian

LA distribution Libre, depuis 1993.


24 Développeurs Debian GNU/Linux

Les développeurs Debian dans le monde

25 Un fonctionnement en réseaux


26 Logiciel Libre et Internet

Internet = Réseau de réseaux

Le mode d'organisation coopératif des logiciels libres :

Aujourd'hui encore, Internet fonctionne essentiellement grâce à des logiciels libres :


27 The Cathedral and the Bazar

Avant Linux, à peu près tous les experts pensaient que les logiciels, au delà d'une certaine taille, ne peuvent être construits que comme des cathédrales, c'est à dire conçus par quelques experts et selon des règles strictement hiérarchiques (structure pyramidale). Le développement de Linux est ouvert à tous et ressemble plutôt à un foisonnant bazar (structure en réseaux).

Le succès de Linux a beaucoup étonné Eric S. Raymond. The Cathedral and the Bazar analyse la mise en pratique de ce qu'il en a appris à la conduite du projet de logiciel Libre Fetchmail, et en tire quelques leçons. Une partie de ces conclusions est d'ordre technique, en voici quelques autres :


28 Interopérabilité et Libre concurrence


29 Des normes et des standards de fait

La standardisation est la meilleure et la pire des choses. Elle permet l'interconnexion, mais elle peut freiner l'innovation.

Intéropérabilité : Possibilité d'interconnexion des matériels et des logiciels.

On distingue :

Du point de vue de la dynamique concurrentielle, les standards de fait peuvent être :


30 Exemples : navigateurs et formats de fichiers

La guerre des navigateurs

Netscape et Internet Explorer ont successivement été en position dominante. Tant que Netscape a dominé, Microsoft a innové en respectant les standards. Depuis qu'Internet Explorer est dominant, il entrave entrave le développement du Web en n'évoluant plus et en ne corrigeant pas son support approximatif des standards.

Formats de fichiers

Les formats de fichiers, par exemple pour la bureautique, doivent être des standards ouverts. C'est indispensable :


31 Logiciels Libres, Standards et Innovation

Des standards exclusifs dominants entravent ou éliminent la libre concurrence.

Sans libre concurrence, pas d'innovation.

Dans une industrie comme le logiciel, l'innovation est à la fois :


32 Logiciel Libre et économie


33 Vendre des logiciels Libres

L'économie du logiciel libre est d'abord un modèle d'innovation, d'accumulation de la connaissance et de recombinaison des savoirs et non pas une stratégie de marketing de type « offre gratuite de produits. D. Foray et J.B. Zimmermann.


34 Le logiciel : un bien immatériel particulier

Le logiciel est un bien immatériel :

Le logiciel est un bien particulier :


35 The Magic Cauldron

Eric S. Raymond, « Le chaudron magique » : analyse du Libre sous l'angle économique.

Différence entre valeur de vente et valeur d'utilisation d'un produit :

L'économie réelle du logiciel est essentiellement une économie de services (maintenance, installation, personnalisation, développements spécifiques, conseil, formation...).

Sur le site d'Eric S. Raymond - http://www.catb.org/~esr/writings/cathedral-bazaar/magic-cauldron/
Adaptation française - http://www.linux-france.org/article/these/magic-cauldron/magic-cauldron-fr.html

36 Logiciel Libre et droit


37 Propriété intellectuelle

L'objectif initial de ce que l'on nomme aujourd'hui « propriété intellectuelle » était l'intérêt général. L'exclusivité ou le monopole temporaire accordé aux auteurs/inventeurs pour une durée limitée avait pour seul but de les inciter à diffuser leurs créations/inventions.

L'expression « Propriété intellectuelle » est utilisée depuis peu, et de façon partiale, pour regrouper un ensemble de lois différentes et qui soulèvent des problèmes de politique publique différents :


38 La prédominance du droit d'auteur et l'arme des brevets

Lorsque le logiciel est devenu une marchandise à part entière, dans les années soixante-dix, la détermination d'un cadre juridique approprié à sa protection a convergé sur l'adaptation des outils existants et une prédominance accordée au droit d'auteur. Le droit d'auteur protège l'expression d'une idée. La protection d'un logiciel par le droit d'auteur n'autorise son utilisation que dans la limite des clauses inscrites dans son contrat de licence, mais elle n'interdit pas la réalisation d'un logiciel similaire et/ou compatible.

Les brevets sur les logiciels sont une menace pour l'interopérabilité des systèmes informatiques, pour l'innovation et pour la concurrence :
If people had understood how patents would be granted when most of today's ideas were invented and had taken out patents, the industry would be at a complete standstill today ... The solution is patenting as much as we can. A future startup with no patents of its own will be forced to pay whatever price the giants choose to impose. That price might be high. Established companies have an interest in excluding future competitors. Bill Gates, 1991.

On assiste cependant, depuis les années quatre-vingt, à une croissance spectaculaire du nombre de dépôts de brevets dans le domaine du logiciel aux Etats-Unis, mais aussi en Europe alors que les brevets sur les logiciels y sont explicitement interdits depuis la convention de Munich de 1973 !

Le 20 février 2002, la Commission européenne présentait un projet de directive sur la brevetabilité des inventions mises en oeuvre par ordinateur. Les amendements à ce projet votés le 24 septembre 2003 par le Parlement européen ont été rejetés par le conseil des ministres, en contradiction totale avec la position des ministres de nombreux gouvernements nationaux. La procédure législative s'est finalement terminée par un rejet du projet par le Parlement le 6 juillet 2005, par 648 votes contre 14 (et 18 abstentions).

« Il y a une colère collective de tout le Parlement sur la manière inadmissible dont il a été traité par le Conseil et la Commission, avec mépris et même sarcasme » Michel Rocard, rapporteur du texte (journal Libération).


39 Les dérives de la propriété intellectuelle

Une semaine après le rejet des brevets logiciels par le Parlement européen, la Commission Européenne rendait publique, le 12 juillet 2005, le projet de directive IPRED II, qui vise à à créer un délit pénal d'incitation à la contrefaçon...

Depuis les accords ADPIC (TRIPs) en 1994 à la fin du cycle d'Uruguay et l'adoption en 1996 par l'OMPI d'un traité sur les droits d'auteurs et les droits voisins ; les dérives se multiplient :

La mise en oeuvre de ces traités (2004/48/EC, EUCD en Europe ; DMCA aux Etats Unis) parfois plus dure que les traités eux-mêmes :

Pour réagir : http://eucd.info.


40 Licences

Caractéristiques des principales licences de logiciels libres ; et estimation de leur usage par l'administration française basée sur les 26552 projets hébergés par sourceforge.net en juin 2002.
Licence Open Source Libre Copyleft Compatible GPL Estimations en 2002
GNU General Public License (GPL) oui oui oui forcément 73 %
GNU Library/Lesser General Public License (LGPL) oui oui oui oui 10 %
BSD License (original) oui oui non non 7 %
BSD License (modified) oui oui non oui
Apache Software License oui oui non non
Mozilla Public License oui oui en partie non

41 La GNU General Public License

Une technique classique de désinformation qui consiste à installer le doute, en se basant sur la peur au moyen d'informations non vérifiables (FUD) voudrait faire croire que la licence GNU GPL est contagieuse. Ce sont en réalité les libertés des utilisateurs de logiciels sous licence GPL qui sont contagieuses.


42 Logiciel Libre et Société


43 Informatique de confiance ou informatique déloyale ?

De qui votre ordinateur devrait-il recevoir ses ordres ?

« Le périmètre de notre vie privée s'est rétréci comme peau de chagrin, davantage encore depuis le 11 septembre 2001, et ce n'est pas fini. » Général Jean-Louis Desvignes, Symposium sur la Sécurité des Technologies de l'Information et de la Communication (SSTIC), 10 juin 2003.

La technologie de radio-identification (RFId) devient un enjeu économique majeur notamment dans les applications de la distribution et du transport (Navigo pour la RATP). Du fait de leur dissémination massive, de la nature individuelle des identifiants de chacun des objets marqués, de leur caractère invisible, et des risques de profilage des individus, la CNIL considère que les RFIds sont des identifiants personnels au sens de la loi Informatique et Libertés. (06/02/04)


44 Culture Libre

Une conférence édifiante d'un juriste, dont le refrain est :

Le même juriste, à propos d'Internet :

« When the content layer, the logical layer, and the physical layer are all effectively owned by a handful of companies, free of any requirements of neutrality or openness, what will you ask then? » Lawrence Lessig


45 Homesteading the Noosphere

Hacker
bidouilleur talentueux
Cracker
pirate informatique

Eric S. Raymond, « A la conquête de la sphère des idées » (relatives au logiciel) : le logiciel Libre sous l'angle social. La culture des hackers y est analysée comme une « culture du don » dans laquelle les participants rivalisent pour le prestige.

L'éthique des hackers selon Steven Levy :


46 Un modèle, des modèles

Un modèle ?

Des modèles, car : liberté, diversité, communication planétaire :


47 Autour du Libre


48 Pourquoi il faut choisir le logiciel Libre


49 Avantages du logiciel Libre


50 Liberté, Égalité, Fraternité

Et Responsabilité.